L’exploitation du lithium alimente la transition énergétique, des batteries de véhicules électriques aux systèmes de stockage domestiques. Ce métal léger pose pourtant un problème concret : son extraction dégrade des milieux naturels fragiles et consomme des quantités d’eau considérables, souvent dans des régions qui en manquent déjà.
Salars et zones humides : la biodiversité menacée sans déforestation visible
Quand on pense à une mine, on imagine souvent une forêt rasée. Pour le lithium, le tableau est différent. Les gisements exploités se trouvent principalement dans des salars, ces déserts salins d’altitude situés entre le Chili, l’Argentine et la Bolivie.
A lire aussi : Quelles sont les conséquences du progrès technique sur l'emploi ?
Ces écosystèmes arides paraissent vides à l’œil nu. Ils abritent pourtant des communautés biologiques très spécialisées : micro-organismes extrêmophiles, flamants roses, végétation adaptée à la salinité. Une étude publiée dans Nature Communications en 2024, qui a cartographié environ 70 000 sites miniers dans le monde, conclut que le lithium présente un risque d’extinction d’espèces élevé malgré une perte de forêt relativement faible par rapport au charbon ou à l’or.
Autrement dit, la menace ne se voit pas sur une image satellite classique. Elle touche des habitats de petite surface, difficiles à restaurer, où chaque perturbation peut faire disparaître des espèces endémiques.
A voir aussi : Est-ce qu'il y a un haut et un bas dans l'univers ?

Consommation d’eau du lithium : des volumes qui privent des millions de personnes
Vous êtes-vous déjà demandé combien d’eau il faut pour produire le lithium d’une seule batterie ? Les chiffres donnent le vertige.
Selon un rapport du groupe de réflexion des Nations unies sur l’eau, relayé par SciDev.Net en 2024, une tonne de lithium nécessite environ 1,9 million de litres d’eau. Pour rendre ce chiffre plus parlant : la production mondiale de lithium (hors États-Unis) en 2024 a requis environ 456 milliards de litres d’eau, soit l’équivalent des besoins annuels en eau domestique de 62 millions de personnes en Afrique subsaharienne.
Le procédé classique d’extraction par saumure consiste à pomper l’eau souterraine salée dans de vastes bassins d’évaporation. Ce pompage abaisse le niveau des nappes phréatiques locales. Dans le salar d’Atacama au Chili, les communautés autochtones signalent depuis des années un assèchement de leurs sources d’eau et une dégradation de leurs terres agricoles.
Pourquoi les zones d’extraction manquent déjà d’eau
Les salars se situent dans des déserts d’altitude parmi les plus secs de la planète. L’évaporation naturelle y dépasse largement les précipitations. Prélever des millions de litres dans un tel contexte revient à puiser dans une réserve qui ne se renouvelle presque pas.
Les conséquences se lisent localement :
- Les zones humides périphériques des salars rétrécissent, privant la faune (notamment les flamants) de leurs sites de reproduction
- Les communautés rurales voient leurs puits s’assécher et doivent s’approvisionner plus loin, à un coût plus élevé
- Les sols environnants se salinisent davantage, rendant toute agriculture encore plus difficile qu’elle ne l’est déjà
Pollution chimique et risques sanitaires liés aux mines de lithium
L’extraction ne se limite pas au pompage d’eau. Elle implique l’utilisation de produits chimiques pour séparer le lithium des autres minéraux présents dans la roche ou la saumure. Ces substances peuvent contaminer les sols et les eaux souterraines si elles ne sont pas correctement confinées.
En extraction par roche dure (spodumène), le minerai est broyé puis traité à haute température avec des réactifs acides. Ce procédé génère des résidus solides et liquides qui doivent être stockés dans des bassins de rétention. Une fuite ou un débordement peut contaminer durablement les cours d’eau en aval.
Le cas du projet Emili dans l’Allier
En France, le projet Emili porté par Imerys à Echassières dans l’Allier illustre ces tensions. L’entreprise prévoit d’ouvrir la plus grande mine de lithium d’Europe, avec une extraction programmée à partir de 2028. L’objectif affiché : fournir le lithium nécessaire à 700 000 batteries pour des voitures électriques fabriquées en France et créer environ 1 000 emplois directs et indirects.
Les riverains et associations locales soulèvent des questions sur les risques sanitaires liés à la poussière de roche, au bruit, et à la gestion des eaux usées du site. L’acceptabilité locale d’une mine de lithium reste un défi, même quand le projet est présenté comme un pilier de la souveraineté énergétique européenne.

Recyclage des batteries lithium-ion : une réponse partielle au problème
Le recyclage des batteries apparaît souvent comme la solution miracle. Il réduit effectivement le besoin d’extraire du lithium neuf, mais il ne supprime pas le problème.
Pourquoi ? D’abord, le parc de batteries en fin de vie reste encore limité par rapport à la demande croissante. Ensuite, les procédés de recyclage actuels ne récupèrent pas la totalité du lithium contenu dans une batterie usagée. Une partie est perdue sous forme de résidus ou de scories.
Le recyclage progresse. L’Union européenne impose désormais des taux minimaux de récupération des métaux issus des batteries. Des filières industrielles se structurent. Mais à court terme, la croissance de la demande en lithium pour les véhicules électriques dépasse largement la capacité de recyclage disponible.
- Le recyclage réduit l’impact environnemental par tonne de lithium utilisé, sans l’annuler
- Les procédés hydrométallurgiques et pyrométallurgiques de recyclage consomment eux aussi de l’énergie et des réactifs chimiques
- La collecte des batteries usagées reste incomplète dans de nombreux pays, ce qui limite le gisement recyclable
L’exploitation du lithium pose un dilemme réel. Ce métal est nécessaire à la transition énergétique, mais son extraction dégrade des écosystèmes rares, assèche des régions déjà arides et expose des populations locales à des risques sanitaires. Réduire la demande en lithium par batterie et accélérer le recyclage sont deux leviers concrets, mais aucun des deux ne résout le problème à lui seul tant que la consommation globale de batteries continue d’augmenter.

